La plupart étaient trop jeunes pour les suivre vraiment, pour s'en souvenir directement, mais beaucoup revendiquent la passion, l'envie, la vocation née après les Jeux d'Albertville en février 1992. Une grande partie de l'inspiration de quelques-uns des médaillés de Vancouver est venue de ces pionniers des Saisies ou de Courchevel. Prenez le relais féminin de biathlon : parmi les quatre médaillées d'argent de mardi, deux, Sandrine Bailly et Sylvie Bécaert, ont certainement des souvenirs précis du 14 février 1992.
Agées alors respectivement de douze et dix-sept ans, elles ont dû, comme tout le monde ou presque, vibrer ce jour là aux exploits d'un trio de jeunes femmes inconnues du grand public, sacré champion olympique de relais dans une discipline nouvelle aux Jeux, le biathlon féminin. Anne Briand, Véronique Claudel et Corinne Niogret ont fait découvrir un sport, crée des vocations. Elles ont posé la première pierre d'un édifice aujourd'hui solide, celui d'une discipline depuis lors grande pourvoyeuse de médailles olympiques et mondiales, d'un sport qui renouvelle naturellement ses leaders : Niogret, vingt ans seulement en 1992, puis notamment Bailly et aujourd'hui Brunet, vingt et un ans.
Jason Lamy-Chappuis, lui, était trop minot en 1992, cinq ans seulement, pour se souvenir directement du doublé magique des combinards Fabrice Guy et Sylvain Guillaume. Sauf que ces deux là sont originaires du Jura, à quelques kilomètres seulement de l'endroit où la famille Lamy-Chappuis s'est installée à son retour des Etats-Unis. Pas étonnant alors que le gamin intègre la petite famille du combiné et accroche les posters de ses deux idoles dans sa chambre. «Aujourd'hui, quand je retourne dans le Jura, il y a des jeunes de dix ans qui viennent me féliciter, raconte-t-il. Je les entends demander à leur copain : "C'est lui Jason ?" Ça fait bizarre. Je me revois il y a quelques années quand j'avais la même réaction devant les gars de l'équipe de France comme Nicolas Jean-Prost, Nicolas Dessum, Fabrice Guy ou Sylvain Guillaume».
Pour accentuer la filiation, Fabrice Guy est désormais membre de l'encadrement de l'équipe de France de combiné nordique. Il suit Jason sur les Coupes du monde et évidemment lors de ces Jeux Olympiques. Dix-huit ans après, la flamme d'Albertville est donc toujours bien vivace. Mais il ne faudrait pas tarder à lui redonner un coup de fouet, à créer de nouveau l'envie, la passion, la vocation auprès de la toute jeune génération. Pour cela, le mieux ne serait-il pas d'organiser les Jeux d'hiver de 2018 à Annecy ?
Sylvie JOSSE
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